VOTRE-PORTEFEUILLE-emprunter, Bgt
Emprunter sur l'hypothèque de sa maison pour investir: pas pour tout le monde
Par Ross Marowits, LA PRESSE CANADIENNE
MONTREAL - Emprunter sur l'hypothèque de sa maison pour financer des investissements demeure une pratique potentiellement lucrative à long terme. Coeurs sensibles s'abstenir, préviennent des conseillers financiers.
A la promesse de grandes récompenses s'ajoute la possibilité d'un désastre pour ceux qui ne sont pas adéquatement préparés à affronter les risques.
L'effet de levier, qui consiste à emprunter pour investir, reflète la croyance qu'à long terme, un portefeuille diversifié d'actions surpasse le coût de l'emprunt. A titre de valeur ajoutée, les coûts en intérêts sont déductibles d'impôt.
Sur un prêt hypothécaire de 150 000 $ sur 25 ans, cette stratégie peut accroître la valeur nette après impôts de plus de 75 000 $ si on compare avec le simple paiement d'un prêt hypothécaire, indique Investors Group à propos de son plan de diversification de l'accession à la propriété.
Des programmes similaires sont offerts à travers le pays par différentes institutions.
"C'est vraiment une bonne avenue pour ceux qui investissent à long terme, disons sur un minimum de six ans, et qui sont capable de supporter les fluctuations du marché", a confié en entrevue l'assistant au vice-président de la compagnie de Winnipeg, Jack Courtney.
Le candidat idéal est un investisseur qui s'accommode bien du risque, qui a un revenu assez élevé et suffisamment de liquidités, a ajouté M. Courtney.
Avec le prix des actions qui évoluent rapidement ces temps-ci, les achats périodiques par sommes fixes sont idéals.
Puisque emprunter peut accentuer les gains comme les pertes, ce n'est pas pour tout le monde, concède M. Courtney.
Avoir un revenu stable avec des rentrées d'argent constantes est la clé. Ce n'est pas pour ceux qui peinent à faire leurs paiements mensuels d'hypothèque.
L'auteur financier Gordon Pape fait une mise en garde contre les pratiques à effet de levier.
"Je vois l'effet de levier comme l'équivalent financier d'un fusil chargé, écrit M. Pape dans son livre 'Sleep-Easy Investing'. Les gens avertis pourront l'utiliser de manière efficace. les autres vont probablement se tirer dans le pied."
L'auteur estime que certains conseillers financiers encouragent agressivement leurs clients à choisir cette avenue en raison des honoraires et des commissions qu'ils en retirent.
Leurs arguments peuvent être persuasifs dans un contexte de marché en hausse, quand le cours de l'action monte en flèche.
En 2005, la Cour supérieure de justice en Ontario a rejeté la poursuite de 22 aînés qui avaient subi des pertes majeures dans des investissements à effet de levier. Ils clamaient que les conseillers avaient fait des "représentations négligentes".
"Cela revient finalement à dire que si vous décidez de vous endetter dans le but de vous mettre riche, vous ne devez plus compter sur personne. La cavalerie ne débarquera pas pour vous sauver si vous avez des problèmes", a illustré Gordon Pape.
L'Institut des fonds d'investissement du Canada a formulé une mise en garde en 2005: la pratique qui consiste à emprunter pour investir est en essor et elle pourrait être un facteur de déstabilisation pour l'industrie des fonds communs de placement.
Dans cet avis, l'Institut offrait plusieurs conseils aux investisseurs, incluant la nécessité de garder un coussin financier suffisant pour résister aux déclins des marchés.
Le gestionnaire de portefeuille chez KCM Wealth Management, Adrian Mastracci, estime que moins d'un quart des propriétaires qui ont des prêts hypothécaires choisissent d'emprunter sur le capital, et qu'ils le font surtout pour financer des rénovations ou l'achat d'une seconde résidence.
La stratégie peut être couronnée de succès et accroître les avoirs d'un investisseur, selon M. Mastracci, qui conseille toutefois aux gens de faire preuve de prudence. "Assurez-vous d'être prêts à faire face au pire des scénarios, a affirmé en entrevue M. Mastracci. Si vous pouvez faire cela, l'emprunt ne sera pas pour vous la montagne qu'elle peut être pour d'autres."
Etant donné que les intérêts sur les prêts hypothécaires ne sont pas déductibles d'impôt au Canada, le meilleur investissement sans risque reste de payer sa maison, conclut le gestionnaire de portefeuille.